Darius

peintre-encrier

Japon

J’entretiens avec le Japon une histoire déjà ancienne qui commença en 1996, lors de mes premiers voyages en terre nippone.

Mon premier choc émotionnel avec l’encre, véritable tournant dans ma démarche artistique qui se concrétisa réellement quelques années plus tard en 2006, fut lorsque je vis des calligraphies au Japon. J’avais été impressionné par l’infinie possibilité qu’offre l’encre dans sa transparence, les jeux de lumière et les nuances de gris, apportant un registre coloré d’une grande subtilité, non sans rappeler la photographie noir et blanc.

A cette période je conduisais en parallèle un travail de peinture figurative à l’huile et un travail photographique en noir et blanc.

Mon virage vers l’encre de Chine sur papier se fit à la fois brusquement, dans une rupture très marquée et profonde avec mes pratiques du moment, mais aussi en douceur vers un univers nouveau et parfaitement inconnu qui allait me surprendre durablement.

Le hasard de mes rencontres m’a conduit vers une expérimentation autour de l’encre, mais aussi du papier et des outils que je n’ai cessé d’inventer afin d’explorer sans relâche cet univers d’une richesse prodigieuse. La plupart de mes travaux sont faits sans pinceau et sur du papier couché. Dans certaines situations, le papier devient pinceau, c’est le cas des monotypes réalisés comme des contretypes, pour lesquels deux feuilles emprisonnent l’encre que je soumets ainsi à des pressions diverses.

C’est grâce à Jean-Noël Lecomte, vivant à Tokyo, qu’en juillet 2009 j’ai fait une première exposition solo de mes encres à Tokyo dans la galerie Makii Masaru Fine Arts (http://www.makiimasaru.com) intitulée « De l’encre à la lumière » 墨の魅力を従来とは異なる形で見せるフランス人アーティストのダリウスが、日本で初の個展を開 (archive de la galerie : http://www.makiimasaru.com/mmfa/archive/2009/0717_2/index.html). Cette collaboration avec Jean-Noël n’a pas cessé depuis et m’a permis d’entreprendre de nombreux échanges et actions avec mes amis japonais.

A l’occasion de cette exposition j’ai rencontré des peintres japonais, dont Kaiko ARAI 荒井 恵子 (https://www.keikoarai.comhttps://keikoarai.blogspot.com), qui participaient à un groupe de peintres (une trentaine de personnes) de Tokyo et sa région, appelé SumieTen. Ce groupe, dont le responsable était à l’époque Saburo INAGAKI m’a invité à participer à leur exposition annuelle à Tokyo en septembre 2010. J’en suis devenu membre permanent depuis cette date et participe tous les ans à l’exposition collective de septembre à Tokyo.

Extrait d’une lettre envoyée à mes amis japonais de retour en France après cette première exposition collective dans le groupe Sumie-Ten :

« Cette exposition fût pour moi une expérience très intéressante d’immersion dans un groupe de peintres dont le travail est orienté en grande partie vers l’encre sumi. J’avais déjà eu l’occasion de présenter mon travail l’année précédente à la galerie Makii Masaru à Tokyo, mais avec beaucoup moins d’interactions que celle-ci, malgré que je ne présentais qu’un nombre restreint de pièces. Etant le seul étranger d’un groupe de plus de 30 personnes, j’ai beaucoup apprécié la diversité des approches. Le lieu d’exposition est suffisamment vaste pour que chacun puisse mettre des pièces de tous formats, y compris de relativement grands.

Cela m’a permis également de voir de l’intérieur ce qu’est une exposition collective au Japon, avec son accrochage, son vernissage et le repas de vernissage dans un petit restaurant du quartier. J’ai été étonné lors de l’accrochage, de voir comment chacun se promenait dans les grandes salles avec ses tableaux sous le bras, à la recherche d’une bonne place, se posant quelque part, puis repartant ailleurs, et ainsi de suite, me laissant l’impression que les choses ne se figeraient jamais. Le temps avançant, tout d’un coup ce ballet pris fin et finalement tout le monde trouva sa place. Je m’étais mis en retrait pour ne pas trop intervenir, en tant qu’invité et nouveau dans le groupe. Les organisateurs m’avaient réservé une place de choix. Les employés de la galerie ont fixé mes tableaux au mur.


Le vernissage fut à la fois surprenant et finalement relativement classique. Après une série de discours dans un silence religieux, Saburo INAGAKI donnait le signal pour aller au buffet, un brouhaha sympathique remplissait alors les salles. Sans faire taire ce bruit de fond, Saburo pris son porte-voix électrique et commença à présenter les exposants et en particuliers les quelques nouveaux, dont je faisais partie. Quand vînt mon tour il me tendit le porte-voix, afin que je fasse un petit discours, traduit phrases après phrases par Jean-Noël à travers le dit porte-voix. Ce fût assez surprenant, j’en profitais pour remercier tout le monde de m’avoir accepté parmi eux.

De petits groupes se firent, les gens allant d’une salle à l’autre, d’un peintre à l’autre. Les uns après les autres, les peintres du groupe vinrent voir mes tableaux, certains échangeant leur sentiments, d’autres gardant pour eux ce que cela leur évoquait. Ne parlant pas japonais, dans de rares cas je pouvais m’entretenir directement soit en français, soit en anglais. Ce fût le cas avec un peintre de la région au nord de Tokyo, qui apprécia mon travail et m’invita à venir le voir dans sa région, lui et son groupe d’amis peintres.
La réaction des visiteurs ou des « collègues » fût très encourageante. Evidemment mon approche de l’encre et celle du papier sont très éloignées de celles des japonais, mais l’échange fut riche. Saburo m’encouragea vivement à essayer de travailler sur le papier japonais (washi), pensant qu’il apporterait une dimension nouvelle et sans doute des perspectives à mon travail. Le frère de l’un des exposants m’invita à venir voir le tableau de son frère. Il me demanda ce que j’en pensais et dans quelle direction son frère pouvait aller pour améliorer son travail. Je fus embarrassé et malgré tout flatté par cet échange curieux.
J’avais apporté un livre des «éditions Voix d’encre », une anthologie réalisée à l’occasion du 20ème anniversaire de cette maison, dans lequel je figurais, à côté de bien d’autres personnes comme Fabienne Verdier. Ce fût l’occasion pour mes amis japonais de voir qu’en France des peintres travaillaient l’encre.
Avant le vernissage, j’avais commencé ma série de visite des ateliers de peintres du groupe.
Cela facilita encore davantage les contacts, j’avais l’impression de rencontrer des personnes que je connaissais un peu, qui m’étaient presque familières.
Je vais poursuivre cette expérience, puisqu’en septembre prochain je reviens à Tokyo pour poursuivre mes visites d’atelier et peut-être participer à l’exposition de groupe, si le groupe veut bien m’accueillir à nouveau
… »

J’ai alors commencé une collaboration durable et enrichissante avec mes amis peintres japonais. Je suis allé rencontrer chez eux certains d’entre eux pour échanger nos approches et pratiques de l’encre sur papier. C’est ainsi que j’ai réalisé en 2010 et 2012 des portraits et de nombreuses photos et vidéos sur les pratiques de Saburo INAGAKI, Tomoko TANIGUCHI, Haruko KATAYAMA, Kyo WASHIDA, Chieko ANDO, Kodo OKUDA, Sachiko KOBAYASHI, Hideo MURAKAMI et d’autres personnes. Avec les rencontres de 2010, j’en ai fait un livre non publié intitulé « Artistes japonais – Sumie », qu’il faudrait compléter avec les artistes visités en 2012.

J’ai commencé alors à travailler suivant les techniques apprises au Japon sur le papier washi. J’ai d’ailleurs exposé à plusieurs reprises au Japon des encres réalisées sur du washi avec des techniques japonaises. Elles furent accueillies avec d’abord de l’étonnement, puis de plus en plus d’attention, voire d’attente et de curiosité par le public japonais.

En 2014 j’ai présenté à la galerie Kobun de Tokyo l’encre (180 x 50 cm) ci-dessous représentant un paysage. Elle a été réalisée par diffusion d’encre dans le papier washi. Elle rencontra un très grand succès auprès du public venu visiter l’exposition.

Les liens que j’entretiens avec le Japon sont multiples et jouent un rôle extrêmement prégnant dans mon travail de création, avec des allers-retours parfois inattendus.

Je raconte dans le texte ci-après, intitulé « encres flottantes », publié dans le catalogue de l’exposition au Sépulcre à Caen en 2017, comment en 2016 j’ai présenté au Japon l’encre ci-dessous, réalisée sans le savoir suivant une technique ancienne japonaise. C’est une personne, au vernissage à Tokyo, me questionnant sur la façon dont j’avais réalisé cette encre, qui m’expliqua qu’il y a longtemps au Japon cette technique était couramment usitée.

Extrait du catalogue de l’exposition au Sépulcre – 2017

« encres flottantes »

En entrant vers la droite de l’édifice l’installation, que j’ai appelée « les encres flottantes », occupe la partie centrale, comme une invitation au voyage. Littéralement elles flottent au-dessus d’un jeu de miroirs grâce à un système élaboré par Antoine, de fils et de baguettes.
C’est aussi une référence à l’un de mes peintres préférés, Hiroshige, et tout particulièrement à ses carnets d’esquisses, qui m’ont beaucoup influencé, et qui ont joué un rôle important dans mes relations étroites avec le Japon. Hiroshige fût l’un des derniers maîtres dans la tradition des Ukiyo-e. Ce terme peut être traduit par « images du monde flottant ».
Au départ je voulais faire traverser le bâtiment par une encre flottante à quelques dizaines de centimètres au-dessus du sol, avant de monter vers le plafond en bois à l’opposé du choeur. N’ayant pas retrouvé le papier qui m’aurait permis de le faire et m’étant aperçu qu’une rampe de lumière barrait le mur du fond de l’église rendant impossible ce projet, nous nous sommes rabattus sur une installation plus modeste mais dans le même esprit.

J’avais fait plusieurs encres sur ce fameux papier disparu, dans différents formats. C’est un papier en toile de verre très épaisse et non tissée. Bien que n’offrant aucune transparence, il accroche et véhicule parfaitement l’encre suivant qu’il est mouillé ou non. Cela permet de développer des motifs de part et d’autre du papier, mais, de façon plus surprenante, également dans son épaisseur.
Les bâtonnets de verre provoquent des reliefs de lumière sous une surface apparemment lisse et plate. On retrouve le principe de l’ultra noir de Soulages dans lequel la lumière apparaît par le relief, à la différence qu’ici il s’agit de conduction de la lumière et non de réflexion. Au lieu de rebondir dans les crevasses ou le long des arêtes de la matière peinture (acrylique), l’épaisseur du papier provoque le relief par lequel la lumière jaillit. Le support est à ce point acteur qu’il est responsable des effets de reliefs produits par le travail.
Je retrouve ici, mais de façon inversée, l’opposition entre papier couché et papier japonais (washi) dans laquelle je me débats en permanence. Là où mes amis japonais travaillent dans la structure du papier, à l’inverse de mon travail à la surface de papiers couchés, chassant l’encre avec des outils ad hoc, je reviens dans la structure du papier par la fibre de verre, là où Soulages reste lui à la surface de la matière qu’il a déposée et travaillée.

Antoine et Jean-Yves ont mis une journée pour réaliser cette installation. La difficulté étant de donner un mouvement à l’ensemble en rendant solidaires les différentes encres suspendues afin qu’elles se meuvent dans l’espace comme une seule entité. Il fallait combiner cela avec les effets de miroir pour profiter de l’envers des encres, mais aussi des reflets des vitraux et de la lumière naturelle.
L’ensemble est donc constitué de plusieurs encres, toutes réalisées sur le même papier avec des techniques similaires.
Les deux encres au centre de l’installation, reviennent d’une exposition collective en septembre dernier au Japon. La plus grande avait particulièrement interpelé mes amis japonais. Elle était présentée classiquement sur un mur ne laissant apparaître que l’endroit.

Les amis japonais, parmi les plus anciens, très sensibles à ce travail, voulaient savoir comment je l’avais réalisé. Il faut dire que cette encre représente une succession de paysages superposés, dans une cinématique où chaque plan donne la photo du paysage à l’instant suivant, allant d’un temps clément à l’arrivée de l’orage. Cet empilement de scènes sans effet de perspective correspond à une forme de peinture traditionnelle japonaise. Pour expliquer mon procédé je leur ai montré le verso de l’encre, très encré, très noir, en leur disant que j’étais intervenu des deux côtés pour faire remonter sur le recto de légères traces d’encre au niveau du ciel. Ils m’ont dit que j’avais retrouvé sans le savoir une technique très ancienne japonaise. Ce qui me fit énormément plaisir. Etonnamment cette légère réhausse d’encre nécessite de grandes quantités d’encres au verso. En effet notre installation, en montrant ces bandes noires au verso de l’encre, intriguait de nombreux visiteurs. Pour les trois autres encres flottantes, je n’ai pas eu recours à cette technique, mais j’ai joué davantage sur la saturation d’encre et le mouillage préalable du papier. Un mouillage précis et circonscrit permet de faire des traits d’un noir très intense au fort contraste avec le blanc, le vide. Alors qu’un mouillage large et généreux amène des zones saturées de noir intense, dans lesquelles un relief lumineux apparaît... »

Une autre influence japonaise concerne mes installations que j’appelle des « forêts » et que j’ai développées au fur et à mesure de mes expositions au Sépulcre en 2017, aux Fosses d’enfer en 2018 et à St-Nicolas en 2019.

En septembre dernier j’ai eu la chance de pouvoir visiter au Kanagawa Arts Theater de Yokohama l’exposition « The locked room » de l’artiste japonaise Chiharu Shiota.
J’ai beaucoup aimé ce travail constitué d’un nombre incalculable de ficelles rouges nouées entre elles et reliées du sol au plafond pour former une immense toile d’araignée au milieu de laquelle les visiteurs pouvaient se promener en totale immersion. C’est précisément ce côté immersif qui m’a beaucoup plu et que j’ai souhaité reproduire dans l’exposition du Sépulcre. Paradoxalement en traversant l’oeuvre nous nous retrouvions physiquement ailleurs, hors du bâtiment qui l’abritait. On retrouve cette sensation avec la littérature à la différence qu’ici c’est une sensation sensorielle et non purement intellectuelle.
La forêt,présentée au Sépulcre, avec ses quelques quarante-cinq arbres-encre, réalisés sur de la toile de verre transparente, suspendus en leur centre, comme des kakemonos, permettait aux visiteurs de s’y frayer un chemin et d’avoir ainsi la sensation de sortir de l’exposition et du bâtiment. Ce sentiment d’évasion se trouvait renforcé par le léger mouvement des encres-arbre, conjugué avec les effets de lumière et de transparence en provenance des vitraux inondés par les rayons du soleil. J’ai réalisé des vidéos en plan fixe, témoins de cette téléportation sensorielle. Ces vidéos nous montrent avec une grande acuité toute la richesse et la complexité de l’installation. Le léger souffle, traversant en continu la forêt, rebondit sur chaque arbre avec des effets de rotation de l’encre autour de son axe central, mais aussi de balancement qui se conjuguent.
Le déplacement d’un arbre provoque/agit sur celui, concomitant, de ses voisins. Il en découle un ballet d’une lenteur apaisante dont la chorégraphie, bien que très difficilement compréhensible, n’en est pas moins très perceptible.
En approchant les bords extérieurs de la forêt, la transparence des encres-arbre permettait de découvrir le reste de l’exposition.

Parallèlement à ma participation au groupe de peintre Sumie-Ten, dont la spécificité est de travailler exclusivement l’encre noire, j’ai été invité dès 2012 dans un autre groupe de plasticiens tokyoïtes, appelé Mugendai (infini en japonais), ouvert à des expressions plastiques plus larges (peinture, installations, sculpture, vidéo…). Je participe depuis lors à l’exposition annuelle du groupe qui a lieu dans la « Kumin Gallery », la galerie du peuple attenante au musée d’Art de Meguro à Tokyo. Là encore j’échange avec les membres et profite de leur spécificité pour présenter des travaux qui élargissent mon approche de l’encre. J’ai ainsi présenté l’une des grandes huiles sur toile.

La participation à ce deuxième groupe, dont quelques membres japonais appartiennent aussi à Sumie-Ten, a élargi le pont que j’établi entre des pratiques artistiques extrême-orientales et occidentales .

非古典的な「墨」の使い方。西と東の融合?とにかく、白黒の世界へようこそ。

A very non-conventional way of using “sumi”. Fusion between East and West ? Anyway, welcome to this black & white world.

En 2012 j’ai fait une nouvelle exposition solo dans la Frederick Harris Gallery du Tokyo American Club à Tokyo.

Ci-après le discours que j’ai prononcé lors du vernissage de l’exposition où plus de cinquante encres étaient présentées :

« First of all, I want to express my gratitude to the Tokyo American Club, and all its staff, for welcoming me in this absolutely superb, brand-new building.

I am very grateful to the members of the Selection committee of the Frederick Harris Gallery, and especially Mrs Saï, head of this committee, for having given me this opportunity to present my work in such excellent conditions.

Many thanks also to Jean-Noël Lecomte, for all his preparation work ahead of this exhibition, including the framing of a number of works. Without him, this exhibition could simply not have taken place.

I also want to seize the opportunity to greet my friends of the “Sumie-ten” group of Japanese sumi artists, a number of them are present here tonight. These artists, with Mr. Inagaki as their head, welcomed me very warmly in their group, although my techniques are quite different from theirs. Participating to the annual exhibition, which takes place in September, is for me an immense pleasure.

The techniques I use are really very different from the traditional Japanese practice of Sumie. I generally use coated paper, not washi. I don’t use any brush, but tools which I develop by myself. And I rework the ink before it is completely dried.

In this exhibition, I wanted to present works made with different techniques and on different papers. The “washi” series, there, can be described as the result of my contacts with Japanese artists, of the influence they had on me. In this work, I didn’t try to adopt the Japanese techniques as such, but to re-interpret them according to my own sensibility. It can be considered as my tribute, a very modest and humble tribute, to Japanese sumie painting.

And this series, here, made on what we call in France « papier beurre”, or “butter paper”, can be seen as a wink to my region, Normandy. In fact, this paper was traditionally used to wrap and store butter when it was sold on markets in the villages.

To conclude, I would like to stress my attachment to Sumi in the field of contemporary art. For me, one of the important challenges of Sumi is to allow the artist to reappropriate the corporal language in its artistic expression and, then, in its relation with the outside.

The practice of sumi requires ingeniosity, vitality, sensibility, and also mastering of the gesture. There is still a lot of possibilities to discover for this so ancient material, which is actually part of the history of mankind. Sumi has not yet revealed all its secrets. Its possibilities are really infinite.

Thank you. »

Mes échanges avec mes amis peintres japonais m’ont conduit à les inviter à venir exposer en France à deux reprises. La première fois fut à Caen en octobre 2013 dans l’église du Vieux St-Sauveur. Nous avons fait une modélisation 3D de l’église afin que les japonais puissent travailler en fonction du bâtiment. Nous nous étions réparti des secteurs de l’édifice. L’exposition, intitulée « Caen-Tokyo, un pont d’encre » était organisée en partenariat avec les associations Zinzolin et « Galerie 175-éditions du Chameau », la librairie « Au brouillon de culture » et la mairie de Caen. Elle avait pour fil conducteur l’usage de l’encre de Chine et l’encre traditionnelle japonaise (sumi) et pour spécificité la confrontation d’artistes de cultures différentes. Nous avions donc invités Kaiko ARAI, Haruko KATAYAMA et Chikako YOKOYAMA, toutes trois vivant et travaillant à Tokyo et sa région, et Hamid TIBOUCHI un artiste d’origine algérienne, vivant en région parisienne.

A cette occasion nous avons tourné et monté une vidéo à Tokyo et en Normandie sur les pratiques des différents exposants. Cette vidéo (http://youtu.be/RvIDRGCkdx8) était visible dans l’exposition.

En 2019 j’ai invité à nouveau mes amis japonais, avec le concours de la ville de St-Rémy-sur-Orne (14) et tout particulièrement de Didier MALHAIRE, adjoint à la culture, pour une exposition estivale aux Fosses d’Enfer, y ayant exposé moi-même en 2018 à l’occasion de l’ouverture de cette nouvelle salle d’exposition. Cette fois Kyo WASHIDA s’est joint aux trois amies déjà venues en 2013.

Le mot des artistes

« L’histoire du washi (papier japonais) et du sumi (encre) remonte à environ 1200 ans. Mais aujourd’hui, leur beauté mystérieuse attire les gens du monde entier. Si l’encre s’est développée à partir des mondes de la calligraphie et du « tableau à l’encre » (sumié), les artistes sont de plus en plus nombreux à s’intéresser à elle en tant que moyen d’expression contemporaine.
Même si les techniques et les modes d’expression évoluent, les charmes du washi et du sumi restent immuables, et les deux ont traversé l’histoire en tant que matériaux particulièrement adaptés pour exprimer la sensibilité japonaise.
Nous espérons que cette exposition de Saint-Rémy-sur-Orne, qui fait suite à celle organisée à Caen il y a six ans, permettra au visiteur d’apprécier les charmes du couple sumi-washi ainsi que ses utilisations actuelles. Nous serions également heureux si cette exposition pouvait constituer, à sa façon, un pont d’amitié entre la France et le Japon.
« 

日本の和紙と墨の歴史は、今から約1,200年以前に始まりました。現在、世界中でその神秘的な美しさがブームになって広がりを見せています。墨は従来の歴史に忠実な墨絵と書道の世界から発展し、現代の表現としての墨の魅力に特化する作家達も増えています。表現方法が変わっても和紙も墨もその果てしない魅力は変わることがなく、常に時代に即応し日本の情緒として歴史を重ねてきました。
前回の<CAEN展>に引き続き、今回の<サンレミ展>もその魅力と現代の方向性が感じていただければと思います。また、フランスと日本との友好の架け橋となることを心より祈念致します。

© 2022 Darius

Thème par Anders Norén