Darius

peintre-encrier

des performances dansées

une collaboration avec la compagnie V.O. Olivier Viaud et Véronique Ben Ahmed

Le travail sur la gestuelle du corps laissant une trace sur le papier, sur le mouvement des encres suspendues, témoignage d’une pulsation liée à la vie, m’a conduit à explorer plus avant des collaborations artistiques vers d’autres disciplines comme la danse et la musique. À l’occasion de cette nouvelle exposition, l’invitation a été lancée à la compagnie V.O. Olivier Viaud (www.compagnie-vo.org) et à la danseuse Véronique Ben Ahmed, afin qu’ils me rejoignent dans le projet d’exposition, pour deux performances inédites, Loïe notation.


J’ai rencontré le danseur et chorégraphe Olivier Viaud à Saint-Rémy-sur-Orne. Ce dernier fut conquis par les installations présentées. Spécialiste de la danseuse Marie-Louise Fuller (dite Loïe Fuller), il a vu, notamment dans la grande encre présentée alors, une partition dansée pour l’artiste. Aujourd’hui, mon travail de peintre-encrier trouve un écho dans celui réalisé jadis par Loïe Fuller autour de ses « expérimentations corporelles ».


Comme elle l’indique elle-même très bien dans ses écrits, et comme le rappellent Olivier Viaud et Véronique Ben Ahmed autour de leur pratique personnelle de la danse en général, mais aussi et surtout de celle de Loïe Fuller, l’un des aboutissements majeurs de son travail est de faire disparaître le corps dansé au profit de l’apparition du geste sans chercher à fournir aucune explication sur sa genèse, provoquant ainsi fascination et émerveillement chez le spectateur. Ma démarche est inversement identique à celle de Loïe Fuller, une sorte d’expérimentation en miroir dans laquelle le corps, toujours lui, est au centre du dispositif. Mes interventions sur de grands formats me permettent de matérialiser, de « tracer », avec l’encre sur le papier, l’empreinte du corps en mouvement, avec toute sa dynamique dans l’espace et se jouant du temps pour donner naissance à des volutes gestuelles. On ne voit pas le corps, ni le dispositif qui a permis la réalisation de ses traces et pourtant il joue un rôle majeur. La peinture devient un moyen de matérialiser ce que le corps nous offre. Ce n’est finalement pas un hasard si Olivier Viaud et Véronique Ben Ahmed ont immédiatement vu dans mes encres une sorte de partition écrite des volutes de Loïe Fuller. Le passage ci-dessous, extrait du livre de Loïe Fuller, renvoie par ce qui est exprimé au travers des mots choisis, à ma pratique d’encrier expérimentateur. En effet je parle volontiers de découvertes, de ce que le papier a à m’offrir, de gestes intéressants (« qui avaient l’air de quelque chose »). L’idée même de répéter à l’envie ces gestes me touche énormément dans ma pratique et en sont même l’essence. Cela permet d’explorer par des variations ténues l’immensité des territoires que nous avons à notre portée, sans nous interdire l’accident générateur de nouvelles trajectoires et donc de nouveaux espaces. Lorsque Loïe Fuller aborde la prévisibilité du résultat sur l’étoffe de tel ou tel mouvement du corps, je l’interprète, en m’appuyant sur ce que je ressens dans ma pratique, comme sa propre intériorisation de ce que sont les mouvements en question projetés dans son art, lui donnant plus de liberté pour poursuivre son exploration du corps en mouvement.


Extraits de Loïe Fuller – Ma vie et la danse aux éditions l’OEil d’or (mémoires et miroirs) :
« … Deux de mes amies, Mme Hoffman et sa fille, Mme Horsack, venaient, de temps en temps, voir où j’en étais de mes découvertes. Lorsque je trouvais un geste ou une attitude qui avaient l’air de quelque chose, elle disait : gardez cela, répétez-le. Finalement je pus me rendre compte que chaque mouvement du corps provoque un résultat de plis d’étoffe, de chatoiement des draperies mathématiquement et systématiquement prévisible. La longueur et l’ampleur de ma jupe de soie m’obligeaient à plusieurs répétitions du même mouvement pour donner à ce mouvement son dessin spécial et définitif. J’obtenais un effet de spirale en tenant les bras en l’air tandis que je tournais sur moi-même, à droite puis à gauche, et recommençais ce geste jusqu’à ce que le dessin de la spirale fût établi. La tête, les mains, les pieds suivaient les évolutions du corps et de la robe… »
« Mais, il est bien difficile de décrire cette partie de ma danse. On la voit et on la sent : elle est trop compliquée pour que des mots parviennent à la réaliser… »

Darius

© 2022 Darius

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