Darius

peintre-encrier

brou de noix

Cette série a été réalisée avec une proximité entre l’encre et le brou de noix.

Série « double » utilisant du papier sulfurisé.

La série « masques »

La série « organique » suivante utilise du brou de noix et de l’encre rouge. Le fond est réalisé à l’huile noire.

Extrait du catalogue de l’exposition au Sépulcre – 2017 :

« Danse

Le quadriptyque qui bordait la forêt était lui aussi suspendu à bonne distance du mur, et battait au rythme du souffle du bâtiment. Le bâtiment est devenu une entité à part entière, vivante, avec ses différents organes obéissant à la pulsation variable, mais bien dictée par une source unique, la soufflerie. Exactement comme pour l’installation des papillons et celle de la forêt, les visiteurs pouvaient interagir avec cette pulsation, mais uniquement de façon anecdotique, provisoire, la soufflerie ayant toujours le dernier mot, un attracteur, insensible dans le temps aux perturbations locales, fussent-elles répétées.
Pour cette pièce, j’ai utilisé la même technique mixte, encre de chine, brou de noix et huile, que pour les cinq pièces de l’entrée. Ici il ne s’agit que d’un seul travail que j’ai coupé en quatre parties et que j’ai recomposées pour la présentation. J’ai également appliqué, dans une gestuelle énergique, une grande surface de peinture à l’huile en surcouche, sorte de palimpseste pictural, où deux écritures plastiques se superposent.
Ce travail rassemble pour moi deux aspects fondamentaux de l’encre, dualité d’un rapport microscopique/macroscopique qu’entretient ce médium. Le premier plan propose une vision formelle directement accessible en découvrant l’ensemble, alors que l’arrière-plan s’inscrit dans le détail et nécessite ou provoque un rapprochement du visiteur. Cette concomitance signe cette dualité particulièrement prégnante avec l’encre.
Bien que cette installation puisse être aperçue en dehors de la forêt, la proximité de cette dernière obligeait le visiteur à rentrer dans la forêt pour être placé juste en face de l’installation. En poussant cette idée d’interaction implicite entre deux installations, via le visiteur interposé, je pense qu’à l’occasion d’une future exposition, j’irai plus loin dans cette direction en encerclant/immergeant une installation par une autre, obligeant le visiteur à traverser la première pour découvrir la seconde.
« 

La série suivante est réalisée avec l’encre noire et le brou de noix, le bord étant peint avec de l’huile noire.

Extrait du catalogue de l’exposition au Sépulcre – 2017 :

« Brou de noix

La première impression que l’on a, une fois passé le sas d’entrée, est un face à face avec ma série de cinq encres au format imposant (155 x 144 cm), dont la réalisation est très énigmatique. J’ai présenté ce travail, réuni pour la première fois ensemble, devant un mur blanchi à la chaux, sous les vitraux de la façade ouest de l’église.
La technique, je devrais dire les techniques, utilisées sont assez délicates. Plusieurs facteurs rentrent en jeu. Comme souvent avec l’encre étirée, il faut travailler vite, à cause de son temps de séchage très court (quelques secondes). Mais ici s’ajoute une autre dimension, un autre principe, que l’on retrouve dans l’aquarelle ou la peinture traditionnelle japonaise1. C’est l’idée d’utiliser un liquide comme vecteur de diffusion d’un autre liquide, sur un support, en général, absorbant. On mouille le papier préalablement avec de l’eau, pénétrant ainsi ses ramifications. Ensuite on applique l’encre ou l’aquarelle 1 La technique Tarashikomi, inventée par Tawaraya Sōtatsu, propre à l’école Sōtatsu-Kōrin, propose un effet très spécial de lavis obtenu par application d’une couche de couleur sur une autre encore humide.
avec un pinceau, qui naturellement chemine à travers le papier en développant des nuances de tonalités aussi infinies que subtiles. Un travail direct au pinceau sur des parties sèches permet alors de rehausser des zones ou des contours. L’encre n’ayant pas la même fluidité que l’eau lorsqu’elle n’est pas diluée, cela lui permettra de rester plus à la surface du papier, marquant ainsi des traces d’une grande densité. C’est le jeu de ces contrastes et la maîtrise du geste/dessin, mais aussi de la retenue de la diffusion de l’encre, qui fait tout le charme et l’intérêt du travail du peintre.
Dans le cas de ces cinq encres, je travaille sur du papier couché, c’est-à-dire lisse, mais pas brillant pour préserver une accroche à l’encre. Elle doit y glisser tout en laissant sa trace. La transposition ici de la technique de diffusion, revient à utiliser deux liquides simultanément, qui n’ont pas la même viscosité. Contrairement à l’encre et l’eau, où l’eau est au service de l’encre pour sa diffusion, nous utilisons ici l’encre et le brou de noix (aspect doré) dans un rôle symétrique, à égalité de traitement. Il faut faire en sorte que l’un attire l’autre et réciproquement, tout en évitant le mélange. C’est ma soupe de légumes sans le mixeur. Le brou de noix et l’encre s’interpénètrent tout en gardant leur spécificité. Le choix de la taille des morceaux, comme pour la soupe, est un facteur important dans le résultat final. Ce travail nécessitant beaucoup de matières liquides, et tout se jouant à la surface du papier, il ne peut être fait qu’à plat. J’utilise donc le relief naturel du papier, créant ainsi ces bulles aussi énigmatiques que lumineuses, qui révèlent la topologie intime (cols et vallées) du papier. Une fois le centre du tableau sec (encre et brou de noix), je recouvre de peinture à l’huile noire le pourtour du tableau, me permettant si besoin de modifier son contour. Cette dernière phase n’est pas évidente. L’objectif est de créer une matité aussi régulière
que possible, rappelant le velours, qui aura pour rôle de mettre en avant le centre du tableau, en opposition avec la brillance de l’encre concentrée s’y trouvant. Ce travail s’apparente à celui des laques chinoises, qui procèdent par un très grand nombre de couches successives très étirées. Ici il faut faire de nombreuses couches successives en attendant un certain niveau de séchage adéquat, entre deux passages, moyennant quoi on évite la brillance naturelle de l’huile.
Le travail avec le brou de noix illumine littéralement les tableaux de l’intérieur à tel point qu’une simple lampe artificielle est préférable à une lumière naturelle puissante. Nous avons pris soin de décaler du mur ces cinq encres, permettant à la soufflerie de leur donner un léger mouvement, une ondulation lente et régulière qui rappelle la pulsation de la vie.
Cette série renvoie à des formes primitives (rond et carré) qui éveillent toutes sortes d’interprétations.
On peut voir la coupe d’un arbre fossilisé ou non, des oeuvres primitives, des pièces précieuses, des racines dans la terre, la terre dans le cosmos. Les bulles dorées pourraient évoquer des formes cellulaires sublimées…
En s’approchant, des détails évocateurs surgissent et donnent libre cours à notre imaginaire. Sans comprendre comment cela peut être fait, on se laisse aller à la rêverie.
Dans le grand rond de gauche j’y ai identifié précisément la tête d’un cheval, avec sa crinière blanche et ses oreilles pointues. En la montrant à une visiteuse, cette dernière me fit remarquer très justement la présence d’un cavalier sur le cheval, détail que je n’avais pas vu.
Cette série à dominante noire et dorée, suspendue devant ce mur blanchi à la chaux, renvoie à la trace primitive sur la feuille de papier. L’édifice, au-delà d’un écrin, devient le support de la série. Il joue un rôle au même titre que le blanc des marges d’une gravure, dans l’équilibre entre le plein et le vide, si cher à la peinture asiatique.
Plusieurs personnes, connaissant le lieu, m’ont souligné comment cette interaction entre les encres et le bâtiment, permettait de le redécouvrir, de le voir autrement. Une alchimie émotionnelle opère, transcende l’exposition et l’édifice pour offrir quelque chose d’un autre ordre, d’une autre dimension, de nature méditative, apaisante, propice à un recueillement bienveillant dans lequel la vie à toute sa place. Nous nous y sentons bien, chez nous.
Une femme peintre est venue plusieurs fois. Nous avons longuement parlé. Elle a été troublée de prime abord, détestant le noir, lui renvoyant trop d’épisodes douloureux personnels liés à la disparition. Elle ne porte jamais de noir et ne l’utilise pas non plus dans sa peinture.
Son trouble venait du fait que le noir de mes encres se jouait de la lumière, de la transparence et du mouvement, lui évoquant la pulsation douce de la vie naissante dans le ventre d’une femme, à l’opposé de l’idée qu’elle s’en faisait. Elle restait fascinée par le mouvement de la forêt, hypnotisée, rêveuse et emplie d’un sentiment profond la mettant en empathie avec ce qu’elle voyait
. »

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1 Commentaire

  1. campos 17 décembre 2021

    Je passe une soirée à me balader dans le site.
    Lendemain matin, je marche dans une forêt. Les flaques, les feuilles rousses luisant au soleil… Je suis dans le brou de noix du peintre.
    Flanc nord des troncs d’arbre. Noir épais. Je suis dans ses encres.
    Je m’arrête dans une prairie pour une forme de tai chi. Je suis les silhouettes de son pinceau. Le bougre ! Il est allé porter ses traces d’encre, de peinture, de brou de noix, partout où respire la vie !
    Manuelle Campos

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